Comment transformer une expertise en livre ?
La première question à se poser lorsqu’on veut transformer une expertise en livre est sans doute celle-ci : qu’est-ce que mon expertise m’a permis de comprendre que d’autres n’ont pas encore formulé de cette manière ?
La plupart des personnes qui veulent se lancer dans ce type de projet ne se posent malheureusement pas cette question et pourtant !
C’est en partant de cette vision que commence vraiment l’écriture d’un livre sur son expertise. Et c’est de cette façon que transformer son expertise en livre devient utile.
Une expertise n’est pas encore un livre
De nombreuses personnes pensent qu’une expertise perfectionnée depuis plusieurs années peut facilement constituer un livre si on rassemble tout. Oui et non !
Une expertise, c’est un ensemble de connaissances, de pratiques, d’expériences, de méthodes, d’erreurs aussi et de convictions que l’on a contruite au fil du temps et de son expérience. À première vue, c’est souvent très vaste et parfois même très désordonné. Le premier piège consiste donc à vouloir rassembler toutes ces données et à les mettre dans un livre.
On obtient facilement une suite de pages qui ressemble à un manuel correct, mais malheureusement trop générique. Et ce, même si l’expertise semble unique. Si une expertise n’est pas un livre, c’est parce qu’elle ne porte pas encore la véritable pensée éditoriale. L’expertise en est la base simplement.
La pensée éditoriale : ce que l’expérience a changé dans votre manière de voir le sujet
C’est à cette intersection que ça commence à devenir intéressant. Ce que l’expérience de votre expertise a changé en vous s’apparente à une sorte d’archéologie professionnelle.
En gros, que pensiez-vous à propos de votre métier il y a 10 ans que vous ne pensez plus aujourd’hui ? Cette façon d’aborder un livre est malheureusement trop méconnue de la plupart des gens. Beaucoup pensent que la connaissance de leur métier aujourd’hui fera le meilleur livre qui soit, mais ce n’est pas toujours vrai. Les meilleurs livres sont ceux qui évoquent un parcours, une transformation notable dont les lecteurs se souviendront facilement. Ce sont ces livres qui parviennent à devenir des best-sellers.
Votre pensée éditoriale peut donc se composer de questions de départ comme :
Quelle(s) erreur(s) j’ai commises plusieurs fois avant de comprendre quelque chose qui m’est aujourd’hui fondamental ? Quelle évidence de mon secteur me paraît désormais fausse alors qu’il y a dix ans, je la pensais vraie ? Qu’est-ce que mes clients viennent chercher lorsqu’ils font appel à moi sans forcément réussir à le formuler ?
Ces questions font apparaître autre chose qu’un savoir, elles font apparaître un point de vue.
Comment un point de vue permet de passer du sujet à l’angle éditorial ?
Cinq personnes peuvent écrire sur exactement le même sujet et produire cinq livres radicalement différents. Prenons pour exemple le sujet du management. Il existe de multiples façons de parler du management. Mais chaque livre sur ce sujet répond à une question précise pour un public précis. Pareil pour l’entrepreneuriat, il existe des tas de livres sur ce sujet, mais tous ne racontent pas la même chose.
Et c’est là d’ailleurs qu’on se rend compte que son expertise n’est sans doute pas le meilleur sujet pour son livre, c’est ce qui se trouve à l’intérieur de cette expertise. Autrement dit, les questions qui émergent lorsqu’on regarde autrement, soit avec un point de vue précis.
J’aime imaginer l’expertise comme une personne. Selon l’angle que l’on prend, on la percevra d’une tout autre manière, alors quel angle choisir pour présenter son expertise dans un livre ?
Trouver le point sensible de votre singularité
Mais l’angle n’est pas toujours le point singulier d’un livre. C’est pour cette raison qu’il faut aller plus loin.
La singularité se trouve généralement dans les contradictions. Et c’est probablement l’un des terrains les plus riches lorsqu’on veut transformer une expertise en livre. Dans presque tous les métiers, il existe un écart entre ce que l’on croit et ce qui se passe vraiment. Soit entre ce qui semble logique pour vous, mais qui produit souvent l’effet inverse. Et aussi parfois entre ce que l’on donne aux autres et la manière dont ces choses sont perçues.
Cela demande beaucoup d’introspection, mais cette introspection apporte beaucoup de richesses. Et on se retrouve à briser des idées reçues parfois trop bien construites pour enfin rencontrer la vérité. Et c’est cette vérité qui peut devenir la colonne vertébrale d’un livre tout entier.
Ne jamais rester uniquement centré sur soi
Si l’idée de votre livre part de vous, elle ne doit jamais rester focalisée sur vous. À un moment, il faut sortir de soi et regarder le lecteur.
Parce qu’un livre d’expertise ne doit pas seulement être le récit de ce que vous savez, mais une connaissance autour d’une transformation que le lecteur doit accomplir ou comprendre. Vous devez savoir à qui vous vous adressez, qui est votre lecteur cible, celui qui sera à même d’aimer votre livre. Pas seulement son profil, mais dans quelle situation il est lorsqu’il découvre le livre. Sa façon de penser, ce qui le bloque, ce qui lui manque pour comprendre ce que vous avez envie de lui faire comprendre.
Et surtout, qu’aura-t-il compris en refermant votre livre ?
Identifier la transformation intellectuelle du livre
Tous les livres ne promettent pas une transformation spectaculaire. Mais tous les livres doivent au minimum modifier quelque chose : une nouvelle manière de penser, de faire des choix, d’agir, de faire face à un problème, etc.
On peut presque résumer le projet en deux phrases :
Avant ce livre, mon lecteur pense…
Après ce livre, mon lecteur comprend…
Et entre les deux se trouve votre livre.
Construire une structure logique et fluide
On commence souvent par faire un sommaire. Ce n’est pas mauvais en soi, ça peut aider à avoir une direction. Mais c’est trop tôt pour le retenir comme structure finale, le sommaire doit être évolutif. Tant que le message central du livre n’est pas clair, le plan n’est seulement qu’une accumulation de sujets.
Une structure qui a du sens répond à une progression logique.
Tout d’abord, que faut-il pour comprendre ce qui vient ensuite ? Puis quelle croyance faut-il déconstruire pour avancer ? Quelle nouvelle grille de lecture faut-il installer ? Quelles sont les preuves, expériences ou situations qui permettent d’appuyer son propos ? Et comment arrive-t-on progressivement à la conclusion du livre ?
La structure devient alors un raisonnement.
Faire de son expertise un sujet incarné
L’objectif d’un livre n’est pas d’en faire un documentaire. Un documentaire peut presque être écrit par n’importe qui.
L’objectif d’un livre d’expertise est d’en faire un livre de référence, c’est-à-dire un livre que l’on doit absolument lire pour comprendre un sujet. C’est en tout cas, ma définition.
Ce qui donne de la valeur à un livre d’expert, ce sont aussi les cas concrets, les situations vécues, qui, à elles seules, forment la personnalité du récit. Les décisions que vous avez dû prendre, les échecs auxquels vous avez dû faire face, les observations accumulées, les phrases que vous avez entendues une centaine de fois, les cas d’exception, etc. Tous ces détails peuvent paraître insignifiants parfois, mais ils font partie d’un ensemble d’éléments forts qui constituent un livre unique.
Transformer une expertise en livre c’est donc construire une réflexion autour d’une progression simple avec :
Ce que je sais -> ce que j’ai vécu -> Ce que j’ai observé -> Ce que j’ai compris -> Ce que je défends -> Ce que cela peut changer pour le lecteur.
Ne tombez pas dans le piège de l’expert déconnecté de la réalité, car plus on devient expert d’un sujet, plus on oublie ce que les autres savent du sujet.
Il faut toujours garder à l’esprit que ce qui est évident pour nous ne l’est pas forcément pour les autres. Et, ce sont parfois ces évidences qu’il faut réinterroger pour trouver le cœur de son livre.




