Comment écrire un livre sans expérience et sans écrire ?
Écrire un livre demande une disposition à trois choses fondamentales : avoir du temps, savoir écrire, savoir structurer ses idées. Généralement, savoir écrire est à la portée de tous, peu importe la forme finale, pour ça il y a des correcteurs. Avoir du temps peut s’avérer plus compliqué pour une grande partie des gens et enfin structurer ses idées est une tout autre histoire.
Mais écrire un livre sans expérience n’est pas impossible à qui veut y croire. Car il existe plusieurs possibilités qui font gagner du temps, qui ne demandent pas de savoir écrire parfaitement et qui, peut-être, peuvent aider à structurer ses idées.
Dicter son livre
La dictée permet de produire un manuscrit sans utiliser le clavier. L’auteur parle librement ou suit un plan préparé à l’avance, et un logiciel dédié transforme la voix en texte.
Pour cela, il existe plusieurs outils :
- Microsoft Word, qui intègre une fonction de dictée permettant de produire un texte, des notes ou une première trame et de commander oralement la ponctuation.
- Google Docs, qui propose également une saisie vocale.
- L’IA comme ChatGPT, dont les fonctions vocales et d’enregistrement peuvent transcrire et résumer des notes vocales ou des séances de réflexion.
- Descript, Otter Goodtape, Audiopen (et d’autres certainement), qui transforment des fichiers audio ou vidéo en textes modifiables.
Ce que la dictée permet réellement
L’auteur ne tape pas et gagne du temps, car il a juste à raconter. Mais il doit :
- Savoir ce qu’il veut raconter.
- Formuler ses idées clairement.
- Respecter une certaine progression.
- Relire et compléter le résultat.
La principale difficulté est que la parole spontanée n’a pas la même structure que l’écrit. Elle contient souvent des répétitions, des hésitations, des phrases trop longues, des digressions et des transitions faibles. Une transcription brute ressemble donc davantage à de la matière première qu’à des écrits aboutis.
Toutefois, si on envisage de reprendre, la dictée fonctionne particulièrement bien pour :
- Un récit de vie.
- Un témoignage.
- Un livre d’expertise.
- Un livre dans lequel l’auteur maîtrise son sujet, mais manque de facilité ou de temps pour écrire.
Construire son livre à partir d’entretiens
Cette méthode est plus structurée que la dictée libre. En effet, une personne comme un journaliste, biographe, rédacteur, prête-plume ou ghostwriter interroge l’auteur selon un plan établi.
Les entretiens sont ensuite :
- Enregistrés.
- Transcrits à l’écrit et triés correctement.
- Classés par thèmes.
- Transformés en chapitres.
- Réécrits dans un style cohérent.
Dans ce cas, l’auteur ne rédige pratiquement rien. Il raconte, explique, répond aux questions, fournit des exemples et valide les textes. Cette méthode est très efficace, car l’intervieweur guide l’auteur afin d’obtenir un récit structuré et avec une réelle progression qui place différents éléments que l’auteur n’aurait pas spontanément pensé à raconter. Elle convient particulièrement aux biographies, mais aussi aux livres manifestes, d’expertise et pratiques. Elle permet aussi de mieux préserver la personnalité de l’auteur qu’une génération automatisée à partir de quelques instructions.
Utiliser une intelligence artificielle
Une IA comme ChatGPT, Claude, Gemini peut transformer des notes, des idées ou des documents en textes structurés. Elle peut notamment :
- Poser des questions à l’auteur.
- Proposer un angle éditorial.
- Construire un plan.
- Transformer une transcription en chapitre.
- Produire une première version.
- Reformuler.
- Raccourcir ou développer un passage.
- Harmoniser certains éléments du style.
OpenAI présente notamment ChatGPT comme un outil capable de transformer des notes et des pensées brutes en écrits plus structurés et plus aboutis. Pour la fiction, des outils spécialisés existent également. Sudowrite, par exemple, est conçu pour aider les romanciers à élaborer une trame, organiser une « bible » du récit, générer des scènes ou des chapitres et retravailler la prose.
Ce que l’IA ne remplace pas
En revanche, ce qu’il faut savoir, c’est que si l’IA peut rédiger, elle connaîtra difficilement :
- L’intention profonde de l’auteur.
- L’intention derrière les propos.
- Les nuances de sa pensée.
- Les informations confidentielles qu’on peut difficilement transmettre.
- Les faits exacts qu’elle devrait vérifier.
- La cohérence éditoriale recherchée sur l’ensemble du livre.
L’IA peut également produire des informations fausses, fournir des citations et des références inexistantes ou des raisonnements apparemment convaincants, mais souvent inexacts. OpenAI reconnaît que ses modèles peuvent encore générer des erreurs factuelles et recommande de contrôler leurs productions.
Un livre produit presque entièrement par l’IA risque donc de présenter :
- Une écriture correcte, mais fortement impersonnelle.
- Des idées générales approximatives.
- Beaucoup de répétitions et un manque de nuances.
- Des chapitres qui se ressemblent les uns les autres.
- Un ton artificiellement démonstratif.
- Des exemples parfois inventés.
- Une voix qui varie au fil du manuscrit.
L’IA est généralement plus pertinente comme assistant de rédaction que comme auteur autonome. Il faut également être prudent avec les données personnelles, les témoignages de clients, les informations professionnelles sensibles et les documents confidentiels transmis à un système d’IA. La CNIL rappelle que l’utilisation de données personnelles au sein de systèmes d’intelligence artificielle doit respecter le RGPD et les droits des personnes.
Utiliser WriteControl, Scrivener ou un logiciel d’écriture
Il faut distinguer deux catégories de logiciels.
Les logiciels qui organisent l’écriture
WriteControl aide notamment à :
- Organiser ses chapitres.
- Centraliser ses recherches.
- Construire ses personnages.
- Annoter les passages.
- Détecter certaines fautes ou répétitions.
- Suivre les objectifs et le nombre de mots.
- Exporter le manuscrit.
Mais WriteControl ne rédige pas le livre à la place de l’auteur. Il facilite la gestion du projet et réduit la dispersion, mais il faut toujours écrire ou importer le contenu.
Scrivener poursuit une logique comparable : le logiciel permet d’organiser un long manuscrit en sections, de centraliser les recherches, de déplacer les chapitres, d’utiliser un tableau de fiches et d’exporter le résultat dans différents formats.
Ces logiciels sont utiles pour les auteurs qui savent écrire, mais qui rencontrent des difficultés pour :
- Organiser leur manuscrit.
- Gérer leurs notes.
- Visualiser la structure.
- Suivre leur progression.
- Travailler sur un projet volumineux.
Ils constituent une manière d’écrire un livre sans expérience, mais pas sans l’écrire, car ce sont des outils de pilotage éditorial.
Les logiciels qui intègrent l’IA
Des plateformes comme Sudowrite ou LivingWriter associent désormais organisation du manuscrit et fonctions d’intelligence artificielle. Elles peuvent proposer des idées, développer des scènes, résumer des chapitres ou générer certains passages.
Elles sont généralement plus adaptées à la fiction que WriteControl, mais restent majoritairement pensées pour des utilisateurs capables de piloter et de corriger leur texte.
Transformer des contenus existants en livre
Un livre peut aussi être construit sans rédaction initiale à partir de contenus déjà produits. C’est le cas avec des :
- Épisodes de podcast.
- Vidéos YouTube.
- Formations.
- Conférences.
- Webinaires.
- Articles de blog.
- Newsletters.
- Publications LinkedIn.
- Échanges avec des clients.
- Supports de cours.
- Notes vocales.
Les enregistrements peuvent alors être transcrits automatiquement, puis les textes regroupés et réorganisés. C’est une solution particulièrement intéressante pour un entrepreneur, un coach, un consultant ou un formateur qui a déjà beaucoup parlé de son expertise, mais n’a jamais rassemblé ses idées sous la forme d’un livre.
La limite est que l’assemblage de contenus ne crée pas automatiquement un ouvrage. Sans travail éditorial, le résultat peut ressembler à une succession d’articles ou de transcriptions. Il faut donc reconstruire la promesse centrale, éventuellement redéfinir le lecteur cible, construire un fil conducteur, une progression, créer des transitions logiques, etc.
Écrire avec un co-auteur ou un collaborateur éditorial
Une autre possibilité d’écrire sans expérience consiste à travailler à deux. Ici l’auteur apporte :
- L’idée.
- L’expérience.
- Les connaissances.
- Certains passages éventuellement.
- Les décisions éditoriales.
Le co-auteur ou collaborateur peut prendre en charge :
- La structure du livre.
- La progression des chapitres.
- Les recherches annexes.
- La réécriture.
- L’harmonisation du manuscrit.
- Peut donner des conseils sur l’angle éditorial.
- Peut apporter un style éditorial unique.
Cette formule se situe entre l’accompagnement éditorial et le ghostwriting. La contribution du second auteur peut être mentionnée sur la couverture ou dans les remerciements, selon la répartition du travail et l’accord conclu. Elle convient lorsque l’auteur souhaite rester activement impliqué, mais ne veut pas porter seul toute la rédaction et veut bien accorder le crédit au co-auteur.
Faire appel à un Ghostwriter ou prête-plume
Le ghostwriter représente la solution la plus complète pour écrire un livre sans expérience et sans avoir à le rédiger soi-même.
L’auteur transmet sa matière à travers :
- Des entretiens.
- Des documents.
- Des notes.
- Des enregistrements.
- Des exemples.
- Des souvenirs.
- Ses contenus existants.
Le ghostwriter peut ensuite prendre en charge, la définition de l’angle et le positionnement. La construction d’un plan logique, les recherches complétaires, la rédaction intégrale, la correction, l’harmonisation du style, etc. L’auteur conserve néanmoins un rôle indispensable puisqu’il valide la pensée exprimée, corrige les éventuelles erreurs, complète les informations et décide de la version finale.
Les principaux avantages
- Une voix plus cohérente sur l’ensemble du livre.
- Une meilleure compréhension des nuances.
- Une véritable architecture éditoriale.
- Une adaptation au lecteur visé.
- Une responsabilité humaine clairement identifiée.
- La possibilité de produire un texte singulier à partir de la personnalité et du parcours de l’auteur.
Les principales limites
- Un investissement financier plus important.
- Une collaboration qui peut s’étendre sur plusieurs mois.
- La nécessité de trouver une personne capable de comprendre le sujet et de reproduire la voix recherchée.
- Une qualité qui dépend directement de l’expérience du prestataire et de la précision du brief.
Le contrat doit notamment préciser la confidentialité, le périmètre de la mission, les droits d’utilisation, les validations, les recherches attendues, le nombre de révisions et la manière dont la collaboration sera éventuellement mentionnée. Un ghostwriter ou prête plume cède la totalité de ses droits d’exploitation et propose également des prestations d’écriture en marque blanche, ce qui veut dire que son nom n’apparaît nulle part sur l’ouvrage.
La méthode hybride : un bon compromis
Pour un livre d’expertise ou un récit de vie, le fonctionnement le plus efficace est souvent hybride :
- L’auteur peut se faire aider par une IA afin de classer la matière et de repérer les thèmes les plus intéressants.
- Il peut répondre à des entretiens ou enregistrer des notes vocales.
- Transmettre les enregistrements qui seront retranscrits par un professionnel.
- Ce professionnel définit l’angle, la structure et le positionnement.
- Il organise également les différents éléments et effectue un tri si besoin.
- Le ghostwriter rédige le contenu et organise les chapitres.
- L’auteur valide, corrige et enrichit si besoin.
- Un travail de relecture et d’édition finalise le manuscrit.
Cette organisation exploite la rapidité de la technologie sans lui confier la totalité des décisions éditoriales et avec l’intervention d’un professionnel de l’écriture qui paraît indispensable pour produire un contenu intemporel qui soit efficace, abouti et structuré.
Conclusion
Écrire un livre sans expérience et sans écrire est possible dans la mesure où on le fait intelligemment. Une intervention humaine et professionnelle reste tout de même la meilleure solution à ce jour, bien qu’elle nécessite un peu de moyens. Déléguer entièrement la production d’un manuscrit à une IA ou un logiciel d’écriture sans intervention reste tout de même risqué. Et, il sera toujours difficile de créer un livre personnel, crédible et fidèle à votre voix sans une implication de votre part.
Pour résumer :
- La dictée remplace le clavier.
- L’IA accélère la transformation des idées.
- WriteControl et Scrivener organisent le projet.
- Les contenus existants évitent la page blanche.
- Le ghostwriter transforme réellement la matière en livre.
Pour un ouvrage destiné à asseoir une expertise, raconter un parcours ou porter une véritable voix d’auteur, la solution la plus fiable reste généralement la parole de l’auteur associée au travail éditorial d’un professionnel de l’écriture. Avec éventuellement l’IA comme outil complémentaire plutôt que comme unique rédacteur.




