Pourquoi il ne faut pas écrire son livre avec l’IA ?
On vous dira partout que l’intelligence artificielle révolutionne l’écriture de livre.
Mais, ce qu’on met en avant c’est surtout la rapidité et la facilité d’exécution et peut-être un peu aussi la créativité. Mais laissez-moi vous dire pourquoi il ne faut pas ecrire son livre avec l’IA.
Ça se voit tout de suite (la plus évidente)
La raison la plus sommaire, mais qu’on ne peut pas ne pas énumérer est bien sûre que ça se voit tout de suite. Je vous donne un exemple.
Vous avez certainement déjà été sujet aux appels commerciaux téléphoniques de différentes structures. Parfois ces appels sont faits par des humains, d’autres fois par l’intelligence artificielle. Même si cela est bien orchestré, cela se voit et s’entend tout de suite. L’intelligence artificielle ne peut pas égaler la sensibilité d’un humain, le phrasé d’un humain et son sens de la répartie. Nous n’en sommes pas encore là et peut être que nous n’en serons jamais, c’est pourquoi il faut arrêter de vouloir écrire avec l’intelligence artificielle et encore plus un livre qui doit refléter votre identité et créer une connexion avec son lecteur.
L’IA peut être un très bon support, mais pas un remplaçant.
Elle peut vous faire écrire un livre sans âme
Au premier abord, elle va sembler éclaircir votre pensée et vous faire écrire un livre plus clair que votre pensée ne l’est réellement. C’est une bonne nouvelle vous me direz ? Mais non, détrompez-vous, c’est probablement le risque le plus sous-estimé.
Une IA sait transformer une intuition un peu vague en raisonnement parfaitement bien construit. Le problème c’est que cette cohérence « trop parfaite » peut sembler artificielle sans que l’on ne sache pourquoi. L’IA sait combler les trous, crée des transitions et rapprocher des idées que vous n’auriez pas rapproché ensemble instinctivement. C’est d’ailleurs le problème parfois. La force d’un livre, c’est précisément le chemin intellectuel de l’auteur qui constitue une grande partie de la valeur qu’on lui accorde. De ce fait, l’IA vous donne un résultat, mais vous n’obtenez pas le chemin qui vous a amené à ce résultat et c’est là où ça pose problème sans que l’on puisse distinctement le nommer.
Votre contenu sonne creux et vous ne savez plus ce qu’il faut changer.
Elle tend à ramener une pensée singulière vers une pensée vraisemblable
Savez-vous comment est réellement construit un modèle de langage ?
Au tout début de l’IA, j’ai suivi une formation d’ingénierie de modèles de langage, par simple curiosité, car je voulais comprendre. J’y ai appris qu’un modèle de langage fonctionne à partir de régularités apprises dans d’immenses corpus. Ce qui veut dire qu’il est formé à partir de ce qui existe déjà afin d’être en capacité de pouvoir produire “un bon livre” par exemple ou en tout cas à ce qui y ressemble de plus près.
Pareil pour n’importe quel autre produit d’écriture : un post linkedin, un article de blog, un email, etc. Et c’est justement là que se trouve le piège. Parce que si l’on regarde bien, les livres qui restent et dont on parle longtemps, ne sont pas ceux qui ressemblent aux autres livres. Ce sont ceux qui reposent sur une formulation parfois étrange, une contradiction assumée, une obsession, une manière inattendue de regarder un problème.
Cela me fait immédiatement penser à “l’attrape-cœur” de J-D Salinger et cette manière singulière de raconter et de voir les choses banales. Plus de 80 ans plus tard, on en parle encore comme d’une œuvre à lire. D’ailleurs si vous ne l’avez pas lu, foncez. Vous trouverez l’écriture un peu bizarre au début, mais à la fin le personnage risque de vous manquer et vous aurez du mal à commencer un autre livre sans prendre une petite pause pour digérer le précédent.
Petit aparté, mais revenons au sujet, si vous laissez trop l’IA intervenir dans votre œuvre, vous risquez de normaliser ce qui fait justement toute votre originalité.
Elle supprime toute forme d’hésitation
Lorsqu’on écrit avec son instinct, son cœur, sa tête, on rencontre des hésitations, des moments de doute ou de résistance qui disparaissent lorsqu’on écrit son livre avec l’IA. Parce que l’IA est robotisée, et même si elle fait tout pour nous ressembler, elle ne peut pas reproduire cette part d’humanité que nous avons. Les résistances lorsqu’on écrit un livre peuvent être nombreuses du style :
- « Est-ce vraiment ce que je pense ? »
- « Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à expliquer cela ? »
- « Cette idée contredit-elle ce que j’ai dit dix pages plus tôt ? ».
Même si en finalité, nous lissons ce genre d’hésitation, elles sont souvent fécondes d’autres idées qui servent à construire un point de vue unique. Parce que ces doutes indiquent qu’un raisonnement doit être approfondi, alors on le fait. Ils indiquent qu’une expérience n’a pas encore été bien assimilée, alors on va chercher en profondeur. Et parfois on découvre qu’un sujet bien plus profond avait besoin d’émerger.
L’IA supprime immédiatement cette friction en proposant une formulation satisfaisante qui résout parfois trop vite ce que l’auteur avait besoin de traverser.
L’IA supprime l’architecture mentale de l’auteur pour ne fournir qu’une suite d’informations
Écrire son livre avec l’IA, fait perdre l’auteur, lui-même, dans sa refléxion. Comment vouloir croire qu’un lecteur s’y retrouvera ?
Un jour, un client vient me voir en me disant, “j’ai écris un livre et j’aimerais de l’aide pour le finaliser. Pour tout vous dire, je l’ai écris avec l’IA, seulement je ne sais plus, je n’ai plus de recul, je me retrouve face à 450 pages d’informations et je ne sais plus ce qu’il faut que je garde ou que je supprime ni comment structurer.”
Lorsque j’ai lu son contenu, tout était, en effet, rédigé avec l’IA. Les idées se répétaient sans cesse, la réfléxion tournait en rond et il n’y a avait pas de sens logique. L’auteur était certainement partie d’une réflexion bien à lui, puisque lorsque je l’intérrogeais il savait très bien de quoi il voulait parler, mais l’IA lui avait fait perdre le fil en lui fournissant un tas d’informations finalement inutile pour le propos de son livre. Ou du moins sans suite logique.
C’est aussi le risque le plus sous-estimé lorsqu’on décide de s’appuyer sur l’intelligence artificielle pour écrire son livre. L’IA aura l’architecture mentale que vous lui donnez et dans la manière de formuler vos questions ou recommandations d’écriture, elle peut vous fournir un hamas d’informations qui n’ont ni queue ni tête.
Aujourd’hui, quasiment tout a été dit dans les livres ou ailleurs. Tous les sujets ont été évoqués. Mais si on peut encore créer des produits uniques, c’est parce que deux personnes peuvent parler d’un même sujet et écrire deux livres radicalement différents. Parce que la voix est différente, le ton est différent et le point de vue est différent. Mais aussi parce que ces personnes ne vont pas hiérarchiser les idées de la même façon et considérer les mêmes éléments de la même façon. Cette architecture permet au lecteur de rencontrer l’originalité de l’auteur et l’unicité de sa pensée. Si l’IA choisit l’angle, l’ordre des arguments, les exemples, les transitions et la structure, c’est alors elle qui construit le raisonnement à la place de l’auteur perdant ainsi toute sensibilité humaine.
L’IA créé une illusion des connaissances plutôt qu’une véritable pensée
Imaginez que votre livre devienne un succès. Et sans qu’il le devienne, lorsque vous allez l’éditer et engager des actions de communication pour le faire connaître, vous devrez en parler, répondre aux questions et expliquer ce qui vous a poussé à écrire telle ou telle chose. Dans ce cas précis, comment pourriez-vous expliquer quelque chose que vous n’avez pas écrit vous-même ? Ou plutôt dont l’idée ne vient pas vraiment de vous ? Et c’est exactement à cette intersection que se trouve la différence entre déléguer son travail d’écriture à une IA et à un prête-plume professionnel. Car on pourrait se dire que c’est la même chose. En effet, si je délègue l’écriture de mon livre à un ghostwriter professionnel, je ne saurai plus vraiment ce que j’ai écrit.
Eh bien non, c’est là toute la différence. Tous les ghostwriters n’ont peut-être pas la même approche, mais chez kooBlab, nous aidons l’auteur à construire sa pensée. Le processus consiste à faire émerger, approfondir et organiser une pensée qui appartient déjà à l’auteur par le biais d’entretiens, de questions, de contradictions, de recherche, de confrontation des idées parfois, de validation régulière des chapitres, etc. Il est possible de proposer des angles ou de pousser une réflexion plus loin, mais l’auteur reste celui qui tranche : « oui, c’est ce que je pense », « non, ça ne me ressemble pas », « là, il faudrait nuancer ».
Et surtout, il ya quelque chose que l’IA ne fait pas : un ghostwriter peut détecter qu’il ne comprend pas son auteur et refuser de combler artificiellement le vide. Il peut questionner, confronter et c’est exactement là que se joue une partie importante de la valeur éditoriale.
L’IA peut être excellente pour interroger, challenger, confronter, classer, reformuler ou tester une structure. Elle devient beaucoup plus problématique lorsqu’on lui délègue la pensée, l’angle et la fabrication du sens.
Alors bien sûr, de nombreux défenseurs de l’intelligence artificielle vous vendront les mérites de l’IA avec des outils comme Chat GPT, Claude, Write Control, etc. Mais il s’agit de regarder plus loin et de ne pas se laisser avoir par les propos commerciaux autour de l’IA.
Si un modèle de langage écrit pour vous, que vous reste-t-il à maîtriser ? Et pouvez-vous encore dire que vous maîtrisez votre sujet lorsque vous devrez le vendre ?
Ne pas confondre, déléguer l’écriture de son livre et ce qu’on a vraiment à dire. De plus, dans une société où l’on pousse à rester vrai et à préserver l’Humain, écrire sans IA est le sens que l’on devrait avant tout donner à nos projets d’écriture.




